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L'alpha qui rétrécit

Que 9 fonds actifs sur 10 fassent moins bien que leur indice sur 15 ans est un fait documenté. Mais le plus frappant est la tendance : battre le marché devient plus difficile chaque année. Ce n'est pas de la malchance — quatre forces structurelles sont à l'œuvre, décrites par Larry Swedroe et Andrew Berkin dans The Incredible Shrinking Alpha.

« L'alpha », dans le jargon, c'est la surperformance qu'un gérant ajoute par son talent, au-delà de ce qu'explique la simple exposition au marché. Selon les travaux cités par Swedroe et Berkin, la part des gérants américains dégageant un alpha statistiquement significatif est passée d'environ 20 % à la fin des années 1990 à environ 2 % aujourd'hui. Voici pourquoi.

1. La recherche académique transforme l'alpha en bêta

Pendant des décennies, certains gérants ont surperformé en achetant des actions décotées, ou des petites capitalisations, ou des titres en tendance haussière. Puis la recherche (Fama et French sur la « value » et la taille, Jegadeesh et Titman sur le momentum…) a montré que ces recettes n'étaient pas du talent individuel mais des primes de risque systématiques — reproductibles mécaniquement, pour quelques dixièmes de pour cent de frais. Chaque fois qu'une source de surperformance est identifiée et publiée, elle cesse d'être de l'alpha facturé 2 % pour devenir du bêta facturé 0,3 %. Le territoire du « talent » se réduit à chaque publication.

2. Le paradoxe de la compétence

Les gérants d'aujourd'hui sont incomparablement mieux formés, équipés et informés que ceux des années 1970. Paradoxalement, c'est ce qui les condamne : quand tous les joueurs deviennent excellents, l'écart de compétence entre eux se resserre, et le résultat dépend de plus en plus de la chance. C'est le « paradoxe de la compétence » décrit par Michael Mauboussin : la compétence absolue monte, la compétence relative — la seule qui paie en bourse — s'évapore.

3. Il n'y a presque plus personne à plumer

La bourse est un jeu à somme nulle avant frais : pour qu'un investisseur surperforme, il faut qu'un autre sous-performe. Dans les années 1950 et 1960, l'essentiel des ordres venait de particuliers mal informés — des adversaires faciles pour les professionnels. Aujourd'hui, environ 90 % des volumes s'échangent entre institutionnels : le gérant qui veut battre le marché doit trouver un autre professionnel, aussi armé que lui, qui se trompe. Le vivier de « victimes » s'est tari — et chaque particulier qui passe à la gestion indicielle le réduit encore.

4. Le succès tue le succès

Le rare gérant réellement talentueux attire mécaniquement des capitaux. Or plus un fonds est gros, plus il lui est difficile de surperformer : ses ordres déplacent les prix, son univers de cibles se rétrécit, il finit par ressembler à l'indice… en plus cher. Et c'est le gérant, pas le client, qui capte l'essentiel de la valeur : les frais montent avec la notoriété, jusqu'à absorber la surperformance qui l'a créée.

Ce que ça change pour votre épargne

Rien de tout cela ne dit que les gérants sont incompétents — c'est l'inverse : le marché est devenu si professionnel que le battre relève de l'exploit statistique, avant même de payer 2 % de frais pour essayer. La conclusion pratique n'a pas changé depuis Bogle, mais elle se renforce chaque année :

Et si vous aimez vraiment le jeu ?

Soyons honnêtes : choisir des actions est amusant, et aucune statistique n'y changera rien. Si l'envie est trop forte, il existe un compromis assumé par beaucoup d'investisseurs passifs : la poche satellite. Réservez 5 à 10 % de votre portefeuille au stock-picking — un montant dont la perte totale ne changerait rien à vos projets — et gérez les 90 % restants en ETF indiciels, mécaniquement.

Deux règles rendent l'exercice utile plutôt que dangereux : ne jamais recharger la poche satellite en piochant dans le cœur du portefeuille, et mesurer honnêtement sa performance face à un simple ETF monde, dividendes et frais de courtage inclus, sur plusieurs années. C'est le test le plus instructif qui soit — et si vous battez l'indice durablement, vous saurez que vous êtes l'exception statistique.

Sources : Larry E. Swedroe et Andrew L. Berkin, The Incredible Shrinking Alpha (2ᵉ édition, 2020) ; Eugene Fama et Kenneth French, « Luck versus Skill in the Cross-Section of Mutual Fund Returns » (Journal of Finance, 2010) ; Michael Mauboussin, The Success Equation (2012) ; études SPIVA (S&P Dow Jones Indices). Les ordres de grandeur chiffrés sont ceux cités par Swedroe et Berkin pour le marché américain.

Étape suivante

Le corollaire de l'alpha qui rétrécit : ce que vous contrôlez vraiment, ce sont les frais.

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