Méthodologie
D'où viennent nos chiffres de rendement ?
Sous chaque calculateur du site, une note cite le même chiffre : environ 8,4 % par an pour le MSCI World depuis fin 1969, dont nous déduisons un défaut de 6 %. D'autres sites sérieux annoncent 10 % pour le même indice sur la même période. Cette page montre pourquoi les deux chiffres sont exacts, comment le nôtre est fabriqué, et comment refaire chaque calcul vous-même.
1. Un indice, quatre chiffres vrais
« Le MSCI World rapporte X % par an » est une phrase incomplète : il manque la devise et le sort des dividendes. MSCI publie l'indice dans les deux devises (dollar, euro) et dans deux conventions de dividendes — bruts (réinvestis intégralement) ou nets (réinvestis après retenue à la source, voir la section 3). Quatre variantes officielles, quatre chiffres différents pour la même réalité. Voici ce que disent les quatre factsheets MSCI du 31 juillet 2026, lus le 23 août 2026 :
| Variante | 1 an | 10 ans | Depuis l'origine de la série |
|---|---|---|---|
| Dollar, dividendes bruts | 20,88 % | 13,29 % | 9,02 % (déc. 1987) |
| Dollar, dividendes nets | 20,41 % | 12,73 % | 7,45 % (déc. 2000) |
| Euro, dividendes bruts | 20,25 % | 12,96 % | 7,82 % (déc. 1998) |
| Euro, dividendes nets | 19,78 % | 12,41 % | 6,60 % (déc. 2000) |
Regardez la colonne 10 ans : même indice, mêmes dix années, et déjà presque un point d'écart entre « dollar brut » (13,29 %) et « euro net » (12,41 %). Sur un an, plus d'un point. Ni l'un ni l'autre n'est faux : ce sont deux conventions de mesure.
Et remarquez la dernière colonne : aucun factsheet ne publie de « depuis 1969 ». La série officielle en euros ne commence que fin 1998 (fin 2000 pour la variante nette) — l'euro n'existait pas avant. Tout « MSCI World en euros depuis 1969 », le nôtre compris, est donc une reconstruction, et il faut dire comment elle est faite ; c'est l'objet de la section suivante.
D'où la résolution du « 8,4 % contre 10,1 % ». Le 10,1 % cité ailleurs (Épargnant 3.0, notamment) est le MSCI World en dollars, dividendes bruts, recalculé de première main à 10,15 %/an au 31 mai 2026 depuis le niveau officiel de l'indice (base 100 au 31 décembre 1969). Le 8,41 % du site est le même indice en euros reconstitués, dividendes nets. L'écart se décompose en deux morceaux qui n'ont rien à voir avec les données : environ 1,1 point de convention monétaire avant 1999, et 0,5 à 0,6 point de retenue à la source sur les dividendes.
2. La monnaie change tout
Pour mesurer l'indice « en euros » avant 1999, il faut inventer un euro d'avant l'euro, et il y a deux façons honnêtes de le faire :
- Le panier de monnaies (le choix de curvo.eu, notre source) : convertir chaque mois dans un panier reflétant les futures monnaies de la zone euro. Fin 1969, 100 dollars d'indice valent 141,36 de ces « euros » reconstitués.
- Le franc (converti en euros au taux fixe de 1999) : fin 1969, les mêmes 100 dollars valent 84,6 euros-équivalents.
Entre les deux, presque un facteur deux au point de départ — pour la même somme. La raison : de 1969 à 1999, le mark allemand s'est fortement apprécié contre le dollar (et contre le franc), tandis que le franc a suivi le dollar : environ 5,55 francs par dollar fin 1969, et l'équivalent d'environ 5,6 francs par dollar en 2026. Mesuré en francs-puis-euros, le rendement rejoint donc presque le rendement en dollars (~10 % brut) ; mesuré en panier, les monnaies fortes du panier « mangent » une partie de la performance du dollar.
Le choix de la monnaie de reconstruction vaut environ ±1 point par an pendant 56 ans. Aucun des deux choix n'est un mensonge ; ne pas dire lequel on a fait en est presque un. Le site retient la convention panier (la plus proche de ce que l'euro a réellement été) et la convention nette — c'est-à-dire, deux fois, la mesure la plus basse.
3. Dividendes nets ou bruts : la retenue à la source
Le second écart entre les quatre chiffres de la section 1 est la retenue à la source sur les dividendes, et elle marche dans les deux sens. Quand une entreprise verse un dividende à un actionnaire étranger, le pays de l'entreprise en prélève une partie au passage : un Américain qui détient du LVMH voit la France retenir 12,8 % de son dividende (le taux prévu pour les personnes physiques non résidentes par les articles 119 bis et 187 du CGI) ; un Français qui détient de l'Apple voit les États-Unis retenir 30 % — leur taux légal —, ramenés à 15 % par la convention fiscale franco-américaine quand elle s'applique.
Ce que mesure l'indice « net »
L'indice « brut » réinvestit le dividende intégral : personne ne le touche réellement, c'est un plafond théorique. L'indice « net » réinvestit le dividende après déduction, pour chaque pays, du taux maximum applicable à un investisseur institutionnel non résident ne bénéficiant d'aucune convention fiscale — 30 % sur les dividendes américains, 25 % sur les français, donc (méthodologie officielle MSCI, qui décrit elle-même cette série comme le « réinvestissement minimum possible »). C'est un plancher prudent : la plupart des fonds réels font un peu mieux. Les ETF domiciliés en Irlande, notamment, peuvent se prévaloir de la convention entre l'Irlande et les États-Unis (15 % sur les dividendes, comme la convention française) — c'est une des raisons pour lesquelles tant d'ETF sont domiciliés à Dublin, et pourquoi un bon ETF physique bat régulièrement son indice net de quelques centièmes. Les ETF synthétiques vont plus loin : la réglementation américaine (règle 871(m)) ne traite pas comme des dividendes les flux d'un contrat d'échange adossé à un indice qualifié — large, diversifié —, si bien qu'un swap sur MSCI World ou S&P 500 peut capter une performance proche du dividende brut américain. C'est le mécanisme évoqué dans les types d'ETF.
Pour un détenteur d'ETF, l'indice net est donc la bonne référence prudente : c'est la performance contractuelle que la quasi-totalité des ETF s'engagent à répliquer, et l'écart réel joue plutôt en votre faveur. Voilà pourquoi le 8,41 % du site — mesuré sur la série nette — est la variante basse, et le ~10 % en dollars bruts la variante haute, du même passé.
Et vos impôts français, dans tout ça ?
Non, vous ne « repayez » pas cet impôt en France. Dans un ETF capitalisant, la retenue est subie par le fonds, à l'intérieur ; vous n'êtes imposé en France que sur votre propre gain, à la vente ou au retrait. L'impôt étranger n'est ni facturé deux fois, ni récupérable : il est déjà dans la performance nette. Si vous détenez des actions américaines en direct sur un compte-titres, la convention organise la neutralisation : la retenue américaine de 15 % ouvre droit à un crédit d'impôt imputable sur votre impôt français (art. 24 de la convention). Le crédit neutralise, il n'enrichit pas : il est plafonné à l'impôt français correspondant, jamais remboursé au-delà — et une retenue subie à 30 % faute de formulaire W-8BEN ne donne droit qu'au crédit conventionnel de 15 %.
Dividendes ou rachats d'actions : même argent, deux tuyaux
Dernière pièce du puzzle : le dividende n'est qu'un des deux tuyaux par lesquels une entreprise rend l'argent à ses actionnaires. L'autre est le rachat d'actions : moins d'actions en circulation, davantage de bénéfice par action restante, et la valeur arrive en plus-value au lieu d'arriver en dividende. Économiquement, c'est le même argent ; fiscalement, le tuyau « rachat » échappe à la retenue à la source (il n'y a pas de versement à retenir), et les taxes qui le visent restent d'un autre ordre de grandeur : 1 % aux États-Unis (taxe d'accise sur les rachats, depuis 2023) et 8 % en France sur les réductions de capital par annulation d'actions (sociétés de plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires, depuis mars 2025) — contre 15 à 30 % sur un dividende transfrontalier. Un ETF capitalisant vous met du bon côté des deux tuyaux : les plus-values de rachats ne sont taxées qu'à la vente par construction, et les dividendes que le fonds reçoit sont réinvestis sans passer par votre feuille d'impôt — l'essentiel de l'avantage fiscal du rachat, capté sans rien faire. C'est l'argument détaillé dans CTO ou assurance-vie.
4. Du passé au défaut de 6 %
Reste à transformer un chiffre du passé en hypothèse pour l'avenir. Le 8,41 % nominal embarque un régime d'inflation disparu : entre 1969 et 2025, les prix français ont été multipliés par presque neuf (indice des prix à la consommation, INSEE) — la seule décennie 1970 les a multipliés par 2,56. Le raisonnement du site tient en quatre lignes :
- 8,41 %/an nominal en euros sur 56 ans, dividendes nets réinvestis (section 1).
- Inflation française sur la même période : ~4 %/an (3,96 %/an sur 1970-2025, INSEE, série 011813530).
- Rendement réel : ~4,3 %/an (1,0841 ÷ 1,0396). C'est le pouvoir d'achat effectivement gagné, la seule grandeur comparable d'une époque à l'autre.
- Ré-inflaté à la cible de 2 % de la BCE : 1,043 × 1,02 ≈ 6,4 %, arrondi — vers le bas — à 6 %.
Retenir 7 % reviendrait à parier soit sur un rendement réel supérieur à celui des 56 dernières années, soit sur une inflation proche de 3 %. Les fenêtres récentes font mieux (12,4 %/an sur 10 ans, 9,3 %/an sur 20 ans), mais ce sont des fenêtres courtes qui démarrent après un krach — et nous nous interdisons de justifier une hypothèse par une fenêtre choisie, dans un sens comme dans l'autre.
Où se situe ce 6 % dans le paysage ? Nous avons recensé (août 2026, documents officiels lus de première main) ce que retiennent les autres :
- Les régulateurs qui fixent un plafond : 5 % central au Royaume-Uni (FCA, projections plafonnées 2/5/8 %), 5,4 % brut maximum aux Pays-Bas. Et le mouvement de fond est l'abandon du taux unique : les scénarios des documents d'informations clés européens (PRIIPs, depuis 2023) sont calés sur les fenêtres historiques observées — la pire, la médiane, la meilleure —, précisément pour éviter les projections « excessivement positives ».
- Les simulateurs français : défauts de 2,5 à 6 %, médiane autour de 5 % ; la calculette de l'AMF utilise 3 %.
- Les gérants d'actifs (hypothèses de marché à 10 ans, éditions 2025-2026) : consensus entre 6 et 7 % nominal pour les actions des pays développés.
- L'historique : 8,4 % (euro, net, 56 ans).
Le 6 % du site est donc au-dessus des plafonds réglementaires, dans la fourchette des gérants, et nettement sous l'historique. Une moyenne, enfin, n'est pas un chemin : sur les 56 ans de la série, un investisseur entré au pire moment (août 2000) a attendu 13 ans et demi pour retrouver sa mise, en passant par −55,7 % ; environ 7 % des fenêtres de 10 ans sont négatives (aucune fenêtre de 15 ou 20 ans ne l'est). C'est pour cela que les calculateurs du site présentent leur courbe comme une moyenne, pas comme une promesse.
5. Refaites le calcul vous-mêmes
Tout ce qui précède se recalcule avec des données publiques et une seule formule — le taux annualisé :
rendement annualisé = (valeur finale ÷ valeur initiale)1/années − 1
- La série mensuelle : MSCI World en euros, dividendes nets réinvestis, décembre 1969 → juillet 2026, sur curvo.eu (relevée le 20 août 2026). Nous l'avons recoupée contre les données officielles MSCI sur 2000-2026 : 0,03 %/an d'écart cumulé.
- Les ancres officielles : les factsheets MSCI World (les quatre variantes, arrêtés au 31/07/2026) et l'outil « End of day index data search » sur msci.com (consultés le 23 août 2026). Les séries en dollars y sont en base 100 au 31 décembre 1969 : le niveau du jour suffit pour recalculer le « ~10 % en dollars depuis 1969 ».
- L'inflation : indice des prix à la consommation, INSEE, série longue 011813530 (moyennes annuelles depuis 1901), lue sur l'API officielle le 23 août 2026.
- Les faits fiscaux de la section 3, tous lus dans les textes le 31 août 2026 : méthodologie de calcul des indices MSCI (édition août 2025, msci.com) ; CGI, art. 119 bis, 187, 219 et 235 ter XB (Légifrance) ; convention fiscale France–États-Unis du 31 août 1994, art. 10 et 24 (impots.gouv.fr) ; Internal Revenue Code, § 871, 1441 et 4501, règlement 26 CFR 1.871-15, et convention États-Unis–Irlande de 1997, art. 10 (textes officiels américains).
En interne, un script de contrôle indépendant des calculateurs recalcule chaque chiffre de rendement publié — sur cette page comme dans la note des calculateurs — depuis ces données brutes, le recoupe contre les ancres officielles MSCI, et échoue si un seul dérive. Les chiffres datent d'une vérification du 23 août 2026 ; si vous refaites le calcul plus tard, la fin de série aura bougé — pas la méthode.